Lettre à Manu : je t’invite!

Salut Manu,

Comment ça va ?

Alors comme ça tu viens à Lyon dimanche et lundi? C’est cool ! Deux jours, c’est presque autant qu’à Marseille. Entre le Salon de la gastronomie et la cérémonie d’installation de l’académie de l’OMS, tu vas avoir le temps de profiter de la ville. Du coup, on peut se caler un rendez-vous. Tu passes à la maison prendre un café?

Remarque, je ne sais pas si le café est vraiment approprié. J’ai plutôt envie qu’on sorte le champagne pour fêter ton génie marseillais. Là, on peut dire que tu as assuré. Tu as réussi à faire passer la pilule au mammouth de l’éducation nationale d’un fonctionnement qui, en d’autres temps, aurait été qualifié de libéralisme.

Lorsqu’en 2007 Valérie Pécresse fait passer au forceps la loi sur l’autonomie des universités, on se tape 7 semaines de grèves étudiantes et enseignantes. Là, à Marseille, entre la poire et le fromage, tu dis que tu vas laisser 50 directeurs d’établissement scolaire choisir leur équipe, ça passe crème. Tu annonces aux enseignants qu’à partir de la rentrée, le recrutement dans ces établissements marseillais se fera d’une manière proche de ce qui se passe pour les entreprises, et il ne se passe rien. Quand je dis rien, j’exagère un peu. Il y a bien eu deux trois syndicats qui ont grogné. Mais rien de bien méchant. Pas une petite grève. Chapeau bas !

Le mammouth serait-il en train de fléchir? Le mammouth se mettrait-il à avoir des pensées sarkosyste ? Aurait-il rendu la rose pour ouvrir des comptes titres?

Franchement, je crois qu’on n’est loin de tout ça. A mon avis, soit ils se sont dit qu’à Marseille foutu pour foutu, on pouvait bien faire du directeur un chef d’entreprise, soit ils t’ont pris pour un pignouf qui n’irait pas au bout de son idée.

Si c’est la seconde hypothèse qui se trouve validée, c’est que le mammouth a vraiment la mémoire courte. Il faut quand même se souvenir qu’au moment de ta campagne électorale en 2017, tu avais annoncé que si tu étais élu, dès le mois de septembre les classes de CP en zone REP+ seraient dédoublées pour ne compter que 12 élèves. Lorsque je t’ai entendu faire cette annonce, je n’y ai pas cru un instant.

Et pourtant dès 2017, les bambins de REP+ se sont retrouvés tranquilles pénards à 12 dans des classes toutes calmes avec des enseignants rien que pour eux. Je n’en croyais pas mes yeux. Je me suis dit « Macro, c’est pas un fanfaron ».

Mais même si j’admire la prouesse, je te saurais gré de ne pas te prendre non plus pour le grand réformateur de l’éducation nationale. Ce que tu as fait, c’est finalement, simplement injecter plus de moyens financiers pour apporter plus de confort. Forcément, ce dispositif a fonctionné.

En effet, comme je le disais à François Fillon en 2017, si du jour au lendemain tu deviens boucher dans une échoppe complètement bondée, tu vas faire un travail merdique. Mais si du jour au lendemain, tu deviens boucher dans une échoppe avec pas grand monde, tu vas avoir suffisamment de temps pour couper un beau steak et satisfaire le chaland.

Pour l’enseignement c’est pareil. Avec moins de monde, ça se passe mieux. Mais qu’en est-il lorsque ces petits bonshommes et ces petites nénettes retournent en CE1 dans des classes à 28 ou 30 élèves? Crois-tu vraiment que sans un changement profond des accompagnements pédagogiques ces petits bonshommes et ces petites nénettes peuvent continuer à apprendre de manière aussi sereine et performante? Penses-tu qu’il est possible que les enseignants puissent réellement opérer ce changement de posture pédagogique alors même que leur cursus de formation a été complètement ravagé?

Mais pour en revenir à Marseille et à ton idée de laisser les mains libres au directeur sur la constitution de leur équipe pédagogique, je ne peux qu’applaudir. Les pays obtenant les meilleurs scores à l’enquête PISA fonctionnent sur ce modèle. Mais attention Manu ! Ces pays ont aussi choisi d’investir dans la recherche en éducation et dans la formation initiale et continue des enseignants.

Si tu ne sais pas trop comment t’y prendre sur ce sujet, je pourrais te donner deux-trois pistes lors de notre déj à Lyon.

Je te propose de venir à la maison. ça évitera que tout le centre-ville de Lyon soit paralysé par les embouteillages à cause des mesures de sécurité liées à ta présence. Je te préparerai un truc sans chichi-pompon. Un gratin de blette, ça te plait? On en a plein dans le jardin.

A très vite,

Bises

Anne-Lise

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